Ateliers 2015-18

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  • Atelier HOWARD BARKER
    Johann Weber et Lola Haurillon
  • Atelier HOWARD BARKER
    Haini Wang
  • Atelier HOWARD BARKER
    Zoé Poutrel
  • Atelier HOWARD BARKER
    Johann Weber et Suzanne Gelée
  • photo Simon Gosselin
    Arno Vrech et Haini Wang
  • Photo Simon Gosselin
    Haini Wang

BARKER  I  OSER L’ANGOISSE

Les 15 jeunes élèves de la promotion 4 ont travaillé durant cinq semaines en atelier sous la direction de Jacques Vincey sur le texte 13 objets d’Howard Barker.

Dans ses écrits, Barker revendique un art du théâtre qui faisant de la mort son sujet de prédilection serait à même de retrouver son autorité sur l’âme humaine. Il aborde frontalement les zones d’ombre que les adeptes du bon sentiment préfèrent occulter : la cruauté des hommes et la mort, remise au centre de tout. Il propose un théâtre philosophique dérangeant, inquiétant, qui tend vers une irrésolution permanente et qui fait de la mort la condition de la beauté, et l’angoisse, le prix à payer pour sa révélation.

13 objets est une pièce construite d’émotions, de corps, de chairs, elle est éminemment théâtrale. Ce n’est pas une écriture qu’il suffit d’interpréter, elle exige plus que cela. Elle oblige l’acteur à se positionner, d’un point de vue éthique et esthétique. Il y a ce quelque chose d’inhabituel voire de désagréable dans l’écriture de Barker, un malaise qu’il revendique comme une manière d’aller plus loin. Son écriture prend part à une quête qui consiste à s’approcher le plus possible de l’indéfinissable, de l’indicible, de ces domaines dans lesquels le langage est inadéquat. Les mots ne conviennent pas donc il faut construire un langage différent, qui peut être un langage poétique. Cela n’en fait pas pour autant un théâtre intellectuel. C’est un théâtre exigeant au niveau de la pensée : ce n’est pas la tête qui mène, c’est l’émotion. C’est la pensée qui va chercher des émotions inhabituelles, qui va traquer dans les recoins de notre humanité ce qu’on essaie généralement d’occulter. Il faut beaucoup de vitalité à un auteur pour oser écrire quelque chose d’irreprésentable. Il en faut également beaucoup à un acteur pour s’emparer de cette matière ardue et tenter de l’incarner. Je trouvais intéressant qu’un groupe de jeunes élèves-comédiens ose l’expérience angoissante d’une écriture atypique, tragique, transgressive et poétique.

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Jacques Vincey, metteur en scène. Extrait de conversation avec Didier Kerckaert, responsable pédagogique de l’Epsad.

UNE REINE.

 

La mort ça peut vouloir dire la mort ça peut vouloir dire que quiconque l’entend est condamné à mort promptement et sans la possibilité d’argumenter traîné dehors traîné en bas traîné à travers les vestibules les couloirs les escaliers crâne heurté dos profondément meurtri jusque dans l’obscurité moite où sa noyade hors de portée d’oreille où sa strangulation loin de tout public l’éclatement de sa cervelle sera

 

(un temps)

 

Une feuille qui s’envole par-dessus les toits de tuiles

 

(un temps)

 

Ça pourrait vouloir dire cela

 

(elle tend la main. Un  serviteur, vêtu de noir, entre, récupère le hochet et le lui donne, s’incline et sort. Elle laisse sa main en l’air)

 

Je me demande pourquoi je ne suis pas morte

 

 

Ce que dit un jouet, 13 objets (Etudes sur la servitude), Howard Barker.