Ateliers 2015-18

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  • Ulysse Bosshard, Suzanne Gellée, Zoé Poutrel
  • Lola Haurillon
  • Jeanne Bonenfant
  • Image de répétition
  • Jeanne Bonenfant et Suzanne Gellée
  • Arnaud Vrech
  • Jeanne Lazar
  • Johann Weber et Arnaud Vrech
  • Clément De Preiter Baise

JEAN-LUC LAGARCE  I  DISSIDENCE

Les jeunes acteurs de la promotion 4 ont travaillé durant cinq semaines en atelier sous la direction de Laurent Hatat sur Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce ainsi que sur des extraits de Retour à Reims de Didier Eribon.


Juste la fin du monde
, le texte de Jean-Luc Lagarce, est d’un enjeu pédagogique évident. C’est une langue complexe. Pour la restituer dans sa simplicité, il faut en comprendre la pensée intérieure. Que faire de cette langue singulière sur un plateau ? On peut décider de rester dans la sphère de l’intime, dans un jeu réaliste, ou bien en faire une langue projetée, avec une énergie qui confine à la virtuosité, au numéro d’acteur, à des choses très vocales. On trouve cela aussi chez B. M. Koltès et V. Novarina, où il y a un plaisir de la langue, une jouissance du dire. Je suis intimement convaincu que ce second choix esthétique est le plus juste pour défendre J. L. Lagarce aujourd’hui. Il amène les acteurs à extérioriser, à lâcher le plus possible, tout en maîtrisant la pensée, son chemin et son énonciation.

Retour à Reims, le texte de Didier Eribon que je travaille en contrepoint à celui de J. L. Lagarce, a particulièrement touché les élèves. Ils ont été très sensibles à la question du transfuge social qui est au centre de l’œuvre. Que gagne-t-on et que perd-on lorsque l’on quitte son milieu familial et social, que l’on s’auto exclut, que l’on tourne le dos à son enfance et se retrouve tel un étranger chez soi ? D. Eribon en fait l’analyse assez clairement en se demandant même comment ne pas être un traître social quand on accède à une langue qui n’est plus celle de son milieu initial. En tant que jeunes artistes, les élèves trouvent ici un écho à la question de la vocation artistique, qui nécessite parfois une rupture avec son milieu.
Retour à Reims est de l’ordre de la confession, du dévoilement, de l’aveu, Didier Eribon propose une réflexion qui tente de dépasser la honte. Jean-Luc Lagarce lui se complaît dans une élégante tristesse nostalgique qu’il prête à chacun de ses personnages. Mais l’interprète ne doit pas se laisser envahir par ce sentiment de nostalgie. Au fond, si Louis le personnage central de Juste la fin du monde lisait Retour à Reims, cela lui ferait beaucoup de bien. Il y découvrirait des clés pour tenter d’expliquer sa dissidence, tenter d’expliquer ses sentiments lorsqu’il balance entre l’envie de revenir et celle de ne pas y être.

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Laurent Hatat, extraits de conversation avec Didier Kerckaert, responsable pédagogique de l’Epsad.

Tu regrettais,
tu regrettes d’avoir fait ce voyage-là,
tu ne regrettes pas, tu ne sais pas pourquoi tu es venu, tu n’en connais pas la raison.
Moi non plus, je ne sais pas pourquoi tu es venu et personne ne comprend,
et tu veux regretter qu’on ne sache pas, parce que si nous savions, si je savais,
les choses te seraient plus faciles, moins longues
et tu serais déjà débarrassé de cette corvée.

Tu es venu parce que tu l’as décidé,
cela t’a pris un jour,
l’idée, juste une idée.

 

Antoine, Juste la fin du monde, J. L. Lagarce, partie 1, scène 11.